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Éditorial: «Si je peux le rêver, je peux le faire»

C’était le 3 Décembre 1996; je me souviens encore d'une journée froide et venteuse ici à Bruxelles. Après 2 ans d’exploration et de discussions délicates, nous avions notre première Assemblée Générale formelle de l’EASPD. Des collègues d'Irlande, de Belgique, des Pays-Bas et d'Autriche ont acceptés de s’y essayer. Ensuite, nous avons eu une réunion avec M. Pádraig Flynn, Commissaire européen pour la DG5 (plus tard DG Emploi et affaires sociales). M. Flynn a lancé officiellement l’EASPD, l'Association Européenne des prestataires de Services pour les Personnes Handicapées. Un petit détail intéressant est la présence à cette première réunion officielle de M. J. Wezeman, président du très jeune Forum européen des personnes handicapées, en tant qu'observateur. Cela a annoncé d'une certaine façon un intense processus de renforcement de la confiance et de la coopération future avec les organisations de personnes handicapées au niveau européen. Lors de notre déménagement de bureaux l'été dernier, j’ai dû restructurer nos archives et ai retrouvé mon discours d’ouverture d’il y a 20 ans, pour la première Assemblée Générale. C’était vraiment un «retour vers le futur ». Dans mon discours d’il y a 20 ans, j'ai souligné la nécessité d'une transition d'une «offre» à la «demande» dans la prestation des services; j'ai souligné l'importance du renforcement des capacités professionnelles et de gestion, et enfin, j'ai appelé au renforcement des relations entre les secteurs, pour abandonner notre bulle du secteur social. J’ai également protesté le fait que nous, prestataires de services, ne sont pas reconnus comme acteurs clés par les institutions européennes, ni par le Conseil de l'Europe, ni au niveau de l'Union européenne. 20 ans plus tard, il semble juste de dire que nous avons fait un grand pas en avant.

 

L’EASPD est maintenant un acteur respecté travaillant en étroite collaboration avec les institutions européennes et les Nations Unies. L’EASPD contribue aux travaux du Comité d'experts sur les droits des personnes handicapées mis en place par le Conseil de l'Europe et dispose d'un siège permanent au sein du Groupe de haut niveau sur le handicap de l'Union Européenne. Nous avons d'excellentes relations avec le Parlement Européen, le Comité Economique et Social Européen et tant d'autres organes et structures. Nous sommes également un partenaire reconnu au niveau des Nations Unies. La relation dans le passé parfois assez difficile avec le FEPH et d'autres organisations de personnes handicapées s’est transformée en une relation de respect mutuel et de coopération. Ensemble avec les organisations de personnes handicapées, l’EASPD est maintenant un promoteur actif de la co-production et de la coopération entre tous les acteurs. L’EASPD contribue également de manière significative à la mise en œuvre de la CNU DPH, en particulier en ce qui concerne la vie dans la communauté, l'éducation inclusive et l'emploi. De plus, nous tendons la main vers différents acteurs de la société tels que d’autres services publics, les employeurs, les universités, les écoles et les autorités locales. En effet, la construction d'une société plus inclusive est une responsabilité partagée. Il y a quelques semaines, un fonctionnaire de haut niveau de la Commission Européenne m’a comblé en déclarant que nous sommes perçus comme un bâtisseur de ponts. Ambitieux et optimiste comme nous l’étions à l’époque au sujet de la coopération européenne, mon discours s’est achevé en affirmant que non seulement nous contribuerions à une meilleure qualité des services et à l'inclusion des personnes handicapées, mais voulions aussi prendre part à l'élaboration d'une Europe tout à la fois sociale et plus unie. En effet, je sens encore le frisson, l'enthousiasme, l'engagement de cette première AG... nous allions faire une différence en Europe… J'espère que nous l'avons fait.

 

Aujourd'hui, notre secteur passe par une évolution turbulente. Permettez-moi d'énumérer les défis les plus importants pour demain. Nous nous remettons lentement d'une crise économique qui a presque brisé l’échine des services sociaux dans de nombreux pays. Nous devons faire face à une énorme augmentation de la demande en raison de l'évolution démographique - y compris le vieillissement - et d'autres évolutions de la société. Les services devraient devenir de plus en plus partie intégrante de collectivités dynamiques et animées, l'expertise et le savoir-faire construit le siècle dernier devraient être amenés dans la communauté. La pénurie de la main-d'œuvre et la (re)formation du personnel sont inquiétants. Peut-on convaincre les prochaines générations que notre secteur est une profession intéressante et digne d’intérêt? Un changement dans les systèmes de financement des services est observé; le fameux triangle - les autorités, les prestataires, les utilisateurs - est renversé. En outre, les autorités se retirent lentement de la pleine responsabilité de la prestation des soutiens nécessaires. Et bien sûr, le voyage vers les services coproduits que nous avons entamé doit devenir une pratique courante à travers le continent européen. Dans dix ans, le secteur des services sociaux paraîtra sans doute tout à fait différent de ce que nous savons maintenant.

 

Tout cela se passe dans une atmosphère de montée du nationalisme et de diminution de la «croyance» en l’Europe. 70 ans de paix dans l'UE n’est de toute évidence pas assez convaincant pour de nombreux hommes politiques et leaders d'opinion. Une clairement meilleure qualité de vie et l'augmentation de la jouissance des droits de l’homme pour tous grâce à la coopération européenne semble n’être également d’un détail insignifiant. Mais comme déjà dit, à l’EASPD je peux encore sentir le frisson; chaque jour, nous travaillons vers une Europe plus inclusive et sociale. Que pouvons-nous apprendre de tout cela pour demain? Pour moi, la leçon la plus importante est que si les individus engagés unissent leurs forces, il n’y a pas de limites. L'obstacle le plus important n’est pas le système ou le cadre juridique... c’est notre imagination. Continuons donc de rêver d'une Europe inclusive et socialement forte, de la co-production et des droits de l'homme, et de tendre la main vers de nouveaux acteurs en quittant nos silos. Et tout aussi important... continuons de chercher des individus passionnés prêts à embarquer pour un voyage avant de savoir où ils vont finir.

 

Si nous pouvons le rêver, nous pouvons le faire