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Franz Wolfmayr: “En 2015, l'EASPD demandera une révision de l'approche de la ‘croissance à tous prix’ ”

2015 sera une année très importante pour le secteur du handicap pour plusieurs raisons. Nous avons demandé au président de l'EASPD, Franz Wolfmayr, quelles sont les principales priorités de l'EASPD en 2015 et de quelles manières concrètes ces thèmes seront placés dans les agendas européen et international.

 

M. Wolfmayr, quelles sont les priorités politiques de l'EASPD cette année?
“Et bien, cette année, notre priorité sera de nous assurer que la nouvelle Commission et le nouveau Parlement travaillent réellement pour accomplir le goal de Juncker qui est d'atteindre les politiques sociales triple A. C'est l'objectif clé. En premier lieu, nous oeuvrerons pour que l'UE démontre une plus grande passion pour la bonne mise en oeuvre de la CDPH de l’ONU. Ce qui a été abondamment démontré lors de ces dernières années est que la mise en oeuvre a été considérablement entravée, en particulier à cause des réductions des dépenses publiques dans les secteurs des services sociaux et de la sécurité sociale. Nous devons vraiment nous focaliser pour inverser cette tendance, et pas moins que cela, pour que les personnes avec un handicap puissent bénéficier d'une inclusion totale dans la société et d'un accès total à leurs droits. Et nous aurons besoin de l'appui des euro-députés pour assurer cette mise en oeuvre. En plus de cela, nous oeuvrerons pour que l'UE et les États Membres reconnaissent encore davantage le rôle important que les prestataires de services sociaux joue dans l'économie et les communautés en Europe. Notre point de vue est que la croissance et l'emploi sont importants seulement dans la mesure où ils contribuent au bien-être de tous les citoyens, surtout les plus marginalisés d'entre eux. Il est essentiel que l'UE adopte ce point de vue lors des discussions sur la croissance. Donc, la première étape est de s'assurer que les autorités publiques s'engagent dans des efforts pour garantir l'excellence de la prestation des services sociaux.

 

Et finalement, nous ferons de notre mieux pour nous assurer que les décideurs politiques se rendent compte de l'immense potentiel de création d'emplois du secteur. Ils ont vraiment en face d'eux une immense opportunité de créer un nombre important d'emplois en Europe. Dû à la démographie changeante comme le vieillissement de la population et aux inégalités croissantes, la demande pour des services sociaux de haute qualité continue à augmenter. Nous sentons donc qu'il est absolument vital que les décideurs politiques luttent pro-activement pour parvenir au juste équilibre de la fourniture de services, qui exige essentiellement le déblocage de millions d'emplois dans le secteur au cours des prochaines décennies. Et nous ne sommes pas les seuls à défendre ce point de vue; le Comité de la protection sociale s’en  charge déjà. Maintenant, c'est au Parlement de faire pression sur la Commission et le Conseil. Nous avons besoin de décideurs politiques européens pour promouvoir et soutenir le développement de structures du dialogue social dans le secteur. Avec un meilleur dialogue social, nous serons capables de renforcer la capacité du secteur à discuter et négocier le moyen d'améliorer son attrait, en particulier envers les jeunes.”

 

Tout ceci est très bien, mais comment l'EASPD fera-t-elle concrètement pour qu'on aborde ces sujets?
“ Notre but est de travailler avec les euro-députés pour générer du support pour les activités qui oeuvrent en vue d'une justice sociale triple A. Nous lutterons donc pour des échanges accrus avec plusieurs comités clés, tout comme les intergroupes, et nous espérons que cela nous permette de mieux comprendre les objectifs des euro-députés et comment nous pouvons les soutenir dans leur travail comme décideurs politiques.
Et nous veillerons aussi à travailler avec la Commission Européenne, en faisant tous les efforts possibles pour placer les sujets de préoccupation dans leur agenda et en répondant aux consultations avec des arguments et des données importants. Par exemple,  un de ces enjeux est la révision à venir de la directive sur le temps de travail, qui sera une priorité majeure pour l'EASPD, et en effet, pour tous les prestataires de services sociaux cette année. L'objectif de la révision qui est d'améliorer les conditions de travail du personnel est d'une importance capitale pour le secteur, mais en même temps, cela doit être manipulé avec précaution. Cela aura des implications importantes pour le coût de prestations de service, par exemple, les soins de nuit. Nous devons donc nous assurer que cela n'affecte pas la qualité et la disponibilité des services. Parce que si le financement durable n'augmente pas afin d'atténuer toutes hausses de prix dans la prestation de services, les effets sur la qualité et la disponibilité des services seront inévitablement sévères, et pourraient très bien amener à une ré-institutionnalisation. Nous allons vraiment souligner ce message à la Commission, et nous espérons générer du support pour cela au Parlement européen. Mais il y a beaucoup d'autres sujets que nous souhaitons creuser. La hausse des services personnels et ménagers sera importante ainsi que la transition vers les services communautaires, nous souhaitons aussi lutter contre l'important taux de chômage des personnes en situation de handicap, développer des cadres pour l'éducation inclusive, améliorer les conditions de travail dans le secteur, et bien plus.”

 

Vous mentionnez le besoin de lutter contre l'importante exclusion que les personnes en situation de handicap rencontrent dans le marché de l'emploi et au travail. Pourquoi cela est-il important et quels sont vos plans cette année dans ce domaine?
“ Eh bien, notre recherche indique que le niveau d'emploi des personnes en situations de handicap en âge de travailler est situé à environ 20%. Il va sans dire que c'est totalement inacceptable. C'est pourquoi, à l'EASPD, nous avons développé une Déclaration européenne sur l'emploi. Nous pensons que le meilleur moyen pour y arriver est d'atteindre tous les acteurs de la société; donc, des organisations de personnes handicapées jusqu'à la société civile, aux décideurs politiques, aux syndicats ainsi qu'aux industries. Nous pensons qu'en faisant cela, nous serons capables de contribuer au développement d'opportunités accessibles et inclusives dans le marché de l'emploi pour les personnes en situation de handicap. Nous allons officiellement lancer notre déclaration durant notre Conférence annuelle à Zadar en Croatie, qui aura lieu le 7 et 8 mai, et dont l'accent est justement porté sur comment augmenter le nombre de personnes en situation de handicap employées. Les euro-députés de Croatie, et de tout le continent, sont plus que bienvenus. Et dans le droit fil de la Conférence, nous rassemblons continuellement des cas de bonne pratique concernant la promotion d’opportunités d'emploi pour les personnes en situation de handicap. Nous avons pris des exemples venant des entreprises et des employeurs, ainsi que des prestataires d'aide à l'emploi. Et conséquemment nous allons remettre un prix à Zadar - nous l'avons nommé prix de 'l'Emploi ouvert à Tous' – que nous allons remettre au candidat dont une sélection de panélistes estime qu'il a la meilleure pratique en termes de production d'opportunités pour les personnes en situation de handicap.

 

De plus en plus, la Commission européenne voit sa politique sociale à travers l'optique du semestre européen. Avez-vous l'intention de travailler sur le semestre européen?
“L'EASPD vient en fait de publier un rapport sur le processus du semestre européen 2014, qui demande une révision de l'approche de la 'croissance à tous prix', adoptant à la place une stratégie de 'croissance pour le bien-être de tous'. Nous avons donc souligné plusieurs moyens pour que l'UE puisse améliorer ses politiques de façon à réaliser ce changement de stratégie. Et nous avons également présenté et discuté d'un certain nombre de politiques clés que chaque État membre devrait considérer afin de mettre en oeuvre la CDPH de l'ONU. Et finalement, le rapport compile des contributions de nos membres dans six différents pays de l'UE, qui ont expliqué comment chaque pays échoue à soutenir le secteur des services sociaux, ainsi que le travail qu'ils font pour permettre aux personnes en situation de handicap d'avoir accès à leurs droits humains. Je recommanderais à tous les euro-députés de lire ce rapport et de promouvoir ses messages et recommandations. J'ai vraiment le sentiment que s'il est correctement organisé et géré, le semestre européen serait un outil politique essentiel à travers lequel nous pouvons activement contribuer pour améliorer les politiques nationales faites pour notre secteur, et aussi pour assurer la mise en oeuvre de la CDPH de l'ONU.”